Fiche 27 · valable au 22 octobre 2026 · getsahla.com
Acheter un compte « vérifié », payer un intermédiaire pour ouvrir un compte à l’étranger ou revendre votre solde contre des dinars : ces services pullulent sur Facebook et Telegram. Tous sont illégaux pour un résident, et ce sont aussi les terrains favoris des arnaqueurs.
Ces offres promettent de régler en une heure ce que la voie légale règle en quelques jours (fiche 4). Voici ce qu’elles cachent.
Les services que vous voyez en ligne
Acheter ou louer un compte « vérifié » (Payoneer, PayPal, Upwork, Paysera…)
Le compte est ouvert au nom de quelqu’un d’autre. Vos clients paient donc un tiers, et l’argent n’arrive jamais sur un compte déclaré à votre nom.
- Les règles des plateformes l’interdisent. Payoneer, par exemple, n’accepte que les retraits vers un compte bancaire au nom exact du titulaire. Au premier contrôle d’identité, le compte est bloqué, solde compris.
- Le vrai titulaire garde la main. Il peut changer le mot de passe, vider le compte ou le signaler comme volé.
- Pour vous, c’est une infraction de change. Vos recettes ne sont pas rapatriées dans votre banque, et la bonne foi n’est pas une excuse (ordonnance 96-22, art. 1Ordonnance 03-01 modifiant l'ordonnance 96-22 (JO n° 12 de 2003), p. 14 ; règlement 07-01, art. 57Règlement 21-01 du 28 mars 2021 modifiant le règlement 07-01 (articles 57 et 67), p. 2). La sanction : deux à sept ans d’emprisonnement et une amende d’au moins deux fois la somme (art. 1 bis).
Payer un « fixeur » pour ouvrir un compte à l’étranger
Le fixeur fournit une adresse en Europe, parfois une facture d’électricité ou un faux justificatif, pour ouvrir un compte Wise, Revolut ou une carte Paysera réservée aux résidents européens. C’est une fausse déclaration à l’établissement, et des avoirs détenus à l’étranger, interdits par l’article 8 du règlement 07-01Règlement 07-01 du 3 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l'étranger et aux comptes devises (version d'origine), p. 2. Ces comptes sont souvent fermés après un contrôle d’adresse.
Ce marché peut mener loin : en octobre 2024, le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a condamné les responsables d’une société qui faisait fonctionner des services Paysera en Algérie sans autorisation, pour escroquerie, blanchiment et infraction à la législation des changes, à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison.
Revendre votre solde contre des dinars, ou acheter un solde
Vendre vos dollars Payoneer ou PayPal à un particulier qui vous paie en dinars, c’est acheter ou vendre des devises hors du circuit officiel : deux à sept ans d’emprisonnement, une amende d’au moins deux fois la somme et la confiscation (ordonnance 96-22, art. 1 bisOrdonnance 03-01 modifiant l'ordonnance 96-22 (JO n° 12 de 2003), p. 14 et 2). Les réseaux de change en ligne font régulièrement l’objet de démantèlements par la police.
Payer quelqu’un pour « débloquer » un compte
Après un blocage de compte bancaire, de CCP ou de plateforme, des intermédiaires promettent un déblocage « par connaissance » contre paiement. Vous perdez votre argent, et le blocage reste en place. Seuls la banque, la plateforme ou un avocat peuvent traiter un blocage.
Les arnaques à reconnaître
Même hors de toute question de légalité, ces échanges entre inconnus sont le premier terrain d’escroquerie. Les schémas reviennent toujours :
- Le faux reçu. On vous envoie une capture d’écran de virement BaridiMob, CCP ou Payoneer qui n’a jamais eu lieu. Un paiement n’existe que s’il apparaît sur votre propre relevé.
- L’usurpation d’un vendeur connu. Un faux compte copie le nom et la photo d’un intermédiaire réputé dans un groupe. Le « vrai » ne vous a jamais écrit.
- L’argent qui vient d’un tiers. On vous paie depuis le compte de quelqu’un d’autre, parfois volé. C’est votre compte qui sera bloqué.
- Le compte repris. Vous avez acheté un compte « vérifié », vous y avez reçu vos paiements, et un matin le mot de passe a changé.
- Le récupérateur. Après une arnaque, quelqu’un propose de récupérer votre argent contre des frais. C’est une deuxième arnaque.
Si vous êtes déjà concerné
- Arrêtez immédiatement d’utiliser le compte acheté ou loué, et ne faites plus aucun échange avec l’intermédiaire.
- Gardez les preuves : conversations, captures, références de paiement.
- Ouvrez la voie légale à votre nom : statut d’auto-entrepreneur, compte devises, déclaration à la banque (fiches 4 à 7).
- Si de l’argent est bloqué ou si vous êtes victime d’une escroquerie, consultez un avocat avant toute démarche. Ne payez personne pour « arranger » la situation.
Ce qu’il faut retenir
- Un compte qui n’est pas à votre nom n’est pas votre argent.
- Vendre ou acheter des devises entre particuliers est une infraction de change, avec de la prison à la clé.
- La voie légale prend quelques jours et vous laisse 100 % de vos recettes en devises.
Sources
- Ordonnance 96-22 modifiée : ordonnance 03-01, art. 2 (nouvel article 1, infractions), art. 3 (article 1 bis, sanctions) et art. 4 (article 2, achat ou vente de moyens de paiement), JO n° 12 de 2003, p. 14 ; ordonnance 10-03, art. 1 bis réécrit, JO n° 50 de 2010, p. 8, consultés le 22 octobre 2026.
- Règlement 07-01 du 3 février 2007 de la Banque d’Algérie : art. 8, avoirs à l’étranger, p. 2, texte original consulté le 18 octobre 2026.
- Règlement 21-01 du 28 mars 2021 de la Banque d’Algérie modifiant le règlement 07-01 : art. 2, nouvel article 57, p. 2, texte original consulté le 18 octobre 2026.
- Algérie 360, « Affaire Paysera en Algérie : le verdict tombe », 2 octobre 2024, consulté le 22 octobre 2026.
- Horizons, démantèlement d’un réseau de trafic de devises à Alger, 1er février 2026, consulté le 22 octobre 2026.
- Payoneer, retrait vers un compte bancaire : FAQ, consultée le 22 octobre 2026.