Acheter, vendre, détenir ou utiliser des cryptoactifs est illégal en Algérie. Sanction : deux mois à un an d’emprisonnement et une amende de 200 000 à 1 000 000 DA, ou l’une de ces deux peines (loi 25-10 du 24 juillet 2025).
- Deux mois à un an d’emprisonnement
- Amende de 200 000 à 1 000 000 DA
- ou l’une de ces deux peines
Si vous en détenez déjà, voici ce que vous risquez et comment limiter les dégâts. Nous ne citons aucune plateforme et n’expliquons pas comment acheter, vendre ou être payé en cryptoactifs.
Ce que dit la loi
La loi 25-10Loi 25-10 du 24 juillet 2025 modifiant la loi 05-01 (JO n° 48 de 2025) a ajouté un article 6 bis à la loi 05-01 sur la lutte contre le blanchiment : « Il est interdit d’émettre, d’acheter, de vendre, d’utiliser des actifs virtuels ou de les détenir, d’en faire le commerce, de les promouvoir ou de créer ou d’exploiter des plates-formes d’échange. » Le minage est aussi visé. L’article 31 bis fixe la peine citée plus haut.
Les cryptoactifs ne sont donc pas en zone grise. Beaucoup de freelances en utilisent, souvent sur les conseils de groupes Facebook ou Telegram, mais aucun usage n’est autorisé.
Les banques surveillent
Depuis les lignes directrices 06/2025Lignes directrices 06/2025 du 12 novembre 2025 de la Commission bancaire relatives aux opérations liées aux actifs virtuels (traduction française) de la Commission bancaire (12 novembre 2025), les banques et Algérie Poste doivent :
- bloquer les virements vers les plateformes identifiées comme liées aux cryptoactifs ;
- repérer les opérations qui contiennent des mots-clés comme « bitcoin », « crypto », « USDT », « ETH » ou « Litecoin » ;
- surveiller les réseaux sociaux pour repérer les sites et plateformes qui acceptent les cryptomonnaies ;
- déclarer à la CTRF (Cellule de traitement du renseignement financier) toute opération liée aux cryptoactifs, sans en informer le client ;
- rappeler aux clients que leurs comptes ne doivent servir à aucune opération sur cryptoactifs.
Concrètement, un virement, un libellé ou une série de petits versements peut suffire à déclencher un contrôle, et la banque n’a pas le droit de vous dire qu’elle vous a signalé.
Les usages que vous voyez en ligne
Se faire payer en cryptoactifs (USDT ou autre)
Interdit par l’article 6 bis de la loi 05-01 (loi 25-10Loi 25-10 du 24 juillet 2025 modifiant la loi 05-01 (JO n° 48 de 2025)). L’argent n’est en outre pas rapatrié dans une banque algérienne, comme l’exige l’article 57 du règlement 07-01Règlement 21-01 du 28 mars 2021 modifiant le règlement 07-01 (articles 57 et 67), p. 2 : c’est aussi une infraction de change (ordonnance 96-22).
Revendre ses cryptoactifs contre des dinars en P2P
Interdit par la loi 25-10Loi 25-10 du 24 juillet 2025 modifiant la loi 05-01 (JO n° 48 de 2025). Acheter ou vendre des moyens de paiement en dehors du circuit officiel est aussi une infraction de change (ordonnance 96-22, art. 2Ordonnance 03-01 modifiant l'ordonnance 96-22 (JO n° 12 de 2003), p. 14) : deux à sept ans d’emprisonnement, une amende d’au moins deux fois la somme en cause et la confiscation.
Payer avec une carte prépayée rechargée en cryptoactifs
Interdit par la loi 25-10Loi 25-10 du 24 juillet 2025 modifiant la loi 05-01 (JO n° 48 de 2025) : utiliser des cryptoactifs pour payer reste un usage, même si la carte affiche des euros ou des dollars.
La solution sûre : recevoir vos paiements par une voie légale déclarée à votre banque (fiches 4 et 7).
Si vous en détenez déjà : vous protéger
Ces conseils servent à limiter les pertes et les escroqueries. Ils ne rendent pas l’usage légal.
Vos comptes
- Activez la double authentification par application, pas par SMS : une carte SIM se détourne plus facilement qu’une application.
- Utilisez un mot de passe unique pour chaque compte, et une adresse e-mail que vous n’utilisez nulle part ailleurs.
- N’achetez, ne louez et ne prêtez jamais un compte « vérifié ». Le vrai titulaire peut le reprendre à tout moment, avec ce qu’il contient.
Votre portefeuille et votre phrase de récupération
- Utilisez un portefeuille matériel ou un portefeuille en autoconservation réputé.
- Écrivez votre phrase de récupération sur papier et gardez-la hors ligne. Jamais de photo, de capture d’écran ni de note dans le cloud.
- Ne tapez jamais cette phrase sur un site et ne la donnez à personne, « support » compris. Aucun service sérieux ne vous la demandera.
- Vérifiez l’adresse de destination, caractère par caractère, avant chaque transfert. Certains logiciels malveillants remplacent l’adresse copiée.
Les arnaques les plus courantes
- Le faux reçu en P2P : l’acheteur envoie une capture d’écran de virement BaridiMob ou CCP qui n’a jamais eu lieu. Le paiement doit apparaître sur votre propre relevé, pas sur une image.
- Le paiement par un tiers : l’argent vient du compte de quelqu’un d’autre, parfois volé. Votre compte peut être bloqué à sa place.
- Le faux service client : un compte Telegram ou WhatsApp se présente comme le support et demande votre phrase de récupération ou un « transfert de vérification ».
- Le rendement garanti : « 10 % par mois », groupes d’« investissement », parrainages en cascade. C’est le schéma d’une pyramide.
- Le « récupérateur » de fonds : après une arnaque, quelqu’un propose de récupérer votre argent contre des frais. C’est une deuxième arnaque.
Si votre compte bancaire ou votre CCP est bloqué
La banque peut refuser une opération, bloquer le compte et transmettre un signalement à la CTRF, sans vous en dire la raison. Ne payez pas un intermédiaire qui promet un déblocage « par connaissance ». Rassemblez les preuves de vos revenus légaux (factures, déclarations à la banque, relevés) et consultez un avocat avant toute démarche.
Ce qu’il faut retenir
- Tout usage des cryptoactifs est illégal en Algérie, détention comprise, et les banques ont l’obligation de les repérer.
- Le seul moyen d’éliminer ce risque est de ne pas en utiliser ; les conseils de sécurité ne limitent que les pertes.
- Personne de sérieux ne vous demandera jamais votre phrase de récupération.
Sources
- Loi 25-10 du 24 juillet 2025 modifiant la loi 05-01 : art. 6 bis, interdiction, JO n° 48 de 2025, p. 7 ; art. 31 bis, sanction, p. 12, consulté le 21 octobre 2026.
- Lignes directrices 06/2025 du 12 novembre 2025 de la Commission bancaire sur les opérations liées aux actifs virtuels (version française, traduction) : § 6, obligations des banques, p. 4 ; § 8, indicateurs de risque, p. 5 ; § 9, déclaration de soupçon, p. 7 ; § 10, information des clients, p. 8, consultées le 18 octobre 2026.
- Ordonnance 96-22 modifiée : ordonnance 03-01, art. 1 bis (sanction) et art. 4 (article 2 de l’ordonnance 96-22, achat ou vente de moyens de paiement), JO n° 12 de 2003, p. 14 ; ordonnance 10-03, art. 1 bis réécrit, JO n° 50 de 2010, p. 8, consultés le 21 octobre 2026.